Suite sibérienne est une pérégrination en Russie, en Sibérie extrême-orientale, le long du fleuve Amour, de Khabarovsk à Nikolaïevsk na Amure. Cinq semaines durant les mois d’août et septembre 2000 et 2001, sur le fleuve, le long des rives, de villages en villages de pêcheurs nanaïs et oultches.
Des artères, des veines, des vaisseaux sanguins. Sur une carte russe, le fleuve Amour ressemble à un organisme humain. Au lit principal se greffent de multiples rivières, distribuant de part et d’autre des villages établis sur une île, une rive ou sur une langue de terre ferme. Un chapelet d’îles, des bancs de sable, s’égrènent au long de l’eau. Le fleuve est capricieux, instable. Combien de récits d’hommes engloutis par les flots, les jours où le fleuve se déchaîne et devient océan, n’est-il pas rare d’écouter dans les villages.
Suite sibérienne est un va et vient, entre l’eau et les rives, entre les rives et l’eau jusqu’à la taïga profonde, lieu d’élection du héros de Kurosawa, Derzou Ouzala. Le fleuve est source de subsistance, c’est l’un des fleuves les plus poissonneux au monde. Il est aussi le lieu de refuge des esprits. La vie entière s’organise autour de lui. Chaque geste, chaque symbole en témoignent. Telle une divinité, l’Amour règne sur les peuples de pêcheurs dont il façonne la vie, inspire l’art, les traditions, les croyances.

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