
"Après
avoir longuement photographié la Mongolie, son immensité,
les rapports de ses habitants avec la nature et le sacré, Sophie
Zénon a poursuivi sa « châsse à lâme
» : entre Khabarovsk et Nikolaïevsk na amure, elle sest
laissé dériver au fil de lAmour, le fleuve nonchalant
aux eaux boueuses qui irrigue la Sibérie extrême-orientale.
Telle
une divinité, il règne sur les peuples de pêcheurs,
Nanaïs et Oultches, dont il façonne la vie, inspire lart,
les traditions, les croyances. Large parfois de trente kilomètres,
il constitue un monde aux rives incertaines comme des rêves, où
salignent les embauchages en mal de partance, des villages de
bois dressés dans la boue, adossés à la Taïga.
A limpression despace infini se mêle celle dun
temps ralenti qui sécoule au rythme du fleuve sous une
lumière toujours diffuse et dont on ne sait si elle émane
du ciel ou de leau. Parce quils dépendent de sa bienveillance,
les hommes ont noué avec lui des relations affectives complexes
et quelques chamans, des femmes âgées, interrogent encore
les esprits de leau trop souvent irrités par la pollution
industrielle que leur infligent en amont des usines russes ou chinoises.
Le fleuve est axe de vie et de pensée, comme le suggèrent
les panoramiques autour desquels Sophie Zénon organise les images
de la vie souvent en diptyques ou en triptyques. Elle nous livre ici
une méditation au fil de leau et des rencontres. Ses notes
de voyage, comme autant de petites touches, composent le portrait dun
peuple et de son univers à travers ses relations avec le fleuve."
Jean-Christian Fleury, critique.
Texte dintroduction de lexposition Chroniques Nomades, mai
2002.
"Au
panoramique qui sétait déjà imposé
en Mongolie, Sophie Zénon adjoint un format carré, plus
propre à saisir les détails dun logis, dun
visage. Dun format lautre sinscrit comme une respiration
du fleuve. Ainsi, en vingt-huit stations, se raconte cette histoire
entre « leau et les rives, les gens et le fleuve »,
entre lignes et ombres."
Jean-Pierre Thibaudat, Libération, 30 mai 2002.